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Pourquoi Internet endort l’esprit critique des enfants

Information Désinformation 10 mai 2016 Besançon.001Face aux tentatives d’endoctrinement, de désinformation et de piratage qui se multiplient sur Internet, il faut non seulement stimuler les capacités d’analyse et de jugement des enfants, mais aussi sensibiliser parents et éducateurs : tout est fait pour que nos enfants passent le plus de temps possible sur le Web, mais ils sont incapables de faire le tri parmi toutes les informations qu’ils y trouvent.

Théorie du complot « acceptée » sans réfléchir ; blagues racistes et propos injurieux colportés sans discernement ; cyber-harcèlement ; vidéos truquées regardées en boucle sur YouTube ; radicalisation soudaine ; compte piraté après avoir mordu à une tentative de « phishing » (hameçonnage) ; adolescent qui se dénude devant sa Webcam et qui est ensuite victime d’un chantage…

Depuis bientôt neuf ans que j’interviens devant les élèves du primaire, les collégiens et les lycéens, sur le thème du bon usage des nouvelles technologies, j’ai accumulé les exemples catastrophiques. Heureusement, la plupart des enfants éviteront les pièges que leur tendent des adultes mal intentionnés. Mais quelques-uns, malheureusement, se « feront avoir », faute d’avoir sollicité un esprit critique pourtant bien présent en eux. Or, les conséquences de ce manque de « jugeote » peuvent être dramatiques : tentative de suicide, endoctrinement…

J’essaye donc, lors de mes conférences devant les élèves, de stimuler leur esprit critique en leur faisant prendre du recul par rapport à leur utilisation des écrans et en particulier des réseaux sociaux,conçus,dès le départ, pour qu’ils y passent le plus de temps possible. Je leur soumets des questions qu’ils ne sont généralement jamais posé, même pour les plus âgés d’entre eux :

  • pourquoi les images nous fascinent-elles ?

  • pourquoi adorons-nous nous prendre en photo ou en vidéo ?

  • comment les sites Internet et les réseaux sociaux gagnent-ils de l’argent ?

  • pourquoi les sites Internet et les réseaux sociaux font-ils tout pour que nous y passions le plus de temps possible ?

  • pourquoi est-il important, parfois, de s’ennuyer ?

  • c’est quoi vérifier l’information ?

Sur ce dernier point, mon expérience de journaliste intéresse beaucoup les élèves, ce qui me permet d’entamer un dialogue constructif avec eux : « C’est quoi le travail d’un journaliste ? » « C’est quoi recouper l’information ? » « Sur Internet, vous aussi vous devez apprendre à devenir des journalistes ! »…

De plus, à la demande d’une municipalité, j’ai mis au point une conférence intitulée : « Réseaux sociaux : information, désinformation » et destinée à aider les adolescents à faire face plus particulièrement aux risques d’endoctrinement sur Internet, puis de radicalisation :

• c’est quoi une information ?

• sur les réseaux sociaux, tout le monde peut participer à l’information et donc à la désinformation

• avec la surinformation (« l’infobésité »), on ne prête plus attention qu’aux informations qui se font remarquer et donc aux informations différentes

• l’information spectacle

• les risques de désinformation et donc d’endoctrinement

• les réseaux sociaux les plus à risque

Mais intervenir devant les enfants ne suffit pas. Tous les adultes (parents, enseignants, éducateurs…) qui les entourent doivent également être sensibilisés aux notions d’esprit critique, d’information et de désinformation, afin de :

  • étudier le fonctionnement des réseaux sociaux et comprendre qu’il ne s’agit pas d’outils neutres (« Un outil ne reflète que l’usage – bon ou mauvais – que l’on en fait », entend-on dire trop souvent au sujet des outils numériques), mais d’outils qui nous « manipulent »

  • se rendre compte qu’entre information et désinformation la frontière est parfois ténue : comment faire comprendre à des enfants que l’information et la désinformation sont toutes deux subjectives, mais que l’une veut nous aider, tandis que l’autre peut nous faire du mal, beaucoup de mal ?

  • apprendre à ne pas colporter soi-même, d’un simple copier-coller ou d’un simple « transférer », de fausses informations…

Ce sera l’un des objectifs de mes prochaines conférences, à la rentrée.

D’ici-là, très bonnes vacances !

Jacques Henno

Ce matin sur Sud-Radio pour parler de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans

CaptureSudRadio2015-12-18J’ai répondu ce matin sur Sud-Radio aux questions de Dimitri Pavlenko : à quel âge faut-il autoriser son enfant à ouvrir un compte sur un réseau social ?



Il n’existe pour l’instant aucune législation française ou européenne interdisant à un mineur de s’inscrire sur un réseau social. Mais les réseaux sociaux les plus utilisés par les enfants et les adolescents français (Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram, WhatsApp) étant tous américains, ces sites Web ou applications respectent les lois de Washington et en particulier la loi COPPA (Children’s Online Privacy Protection Act), très contraignante pour les sites qui accepteraient des enfants de moins de 13 ans. C’est pourquoi la plupart de ces réseaux refusent les moins de 13 ans : 


Réseaux interdits aux moins de 13 ans :



Réseaux interdits aux moins de 16 ans :

En Europe, les choses pourraient changer prochainement : un « accord informel » (qui doit donc encore être soumis à un vote du Parlement européen) sur la protection des données prévoit en effet que : 
« les enfants en dessous d’un certain âge devront obtenir la permission de leurs parents (« consentement parental ») pour ouvrir un compte sur les médias sociaux tels que Facebook, Instagram ou Snapchat, comme c’est déjà le cas dans la plupart des pays de l’UE aujourd’hui. Les nouvelles règles flexibles assurent que les États membres puissent fixer leurs propres limites à condition qu’elles ne soient pas inférieures à 13 ans ou supérieures à 16 ans, leur donnant ainsi la liberté de conserver celles qu’ils appliquent déjà. »


Les législateurs européens ont en effet estimé que les réseaux sociaux pouvaient poser un certain nombre de problèmes chez les enfants : divulgation de données privées, cyberharcèlement, échange de photos intimes…


Vous pouvez réécouter en podcast  mon intervention de ce matin.

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Et retrouver tous mes conseils dans mon livre Facebook et vos enfants – Guide pratique : les 45 questions à se poser absolument.

Que faire en cas de cyberharcèlement ?

Qu’est ce que le harcèlement scolaire «classique» ?

Un élève est harcelé lorsqu’il est soumis :

• de manière répétée

• à des comportements agressifs ou violents

• de la part de quelqu’un qu’il connaît, mais contre qui il ne peut pas lutter

Dans un harcèlement, il y a :

• une victime (le collégien dont on se moque, par exemple)

• un agresseur (celui qui se moque de la victime)

• les autres (les complices de l’agresseurs, les défenseurs de la victime, ceux qui laissent faire…)

Qui est la victime ?

• Généralement quelqu’un de différent (ou supposé différent) sur le plan physique, intellectuel, sexuel…

• Quelqu’un de plutôt isolé au sein de sa classe

Qui est l’agresseur ?

• Quelqu’un qui se prend pour le chef d’un groupe…

• Quelqu’un qui a de l’humour et qui se sait se moquer des différences ou des différences supposées de la victime

Dans le harcèlement scolaire «classique » la victime connaît son agresseur et peut donc dénoncer son comportement auprès des adultes

Qu’est-ce que le cyberharcèlement ?

Un élève est cyberharcelé lorsqu’il reçoit ou voit passer :

• des informations (SMS, commentaires…) humiliantes ou fausses

• ou des photos, truquées ou qu’il avait réservées à une seule personne

• sur son téléphone portable, sur les réseaux sociaux, sur les blogs, dans des courriers électroniques

L’élève peut donc être cyberharcelé :

• partout (chez lui, à l’école, dans les transports…)

• 24 heures sur 24

La victime ne connaît pas son ou ses agresseurs

Le ou les agresseurs croient qu’ils ne pourront jamais être retrouvés

La rumeur est alimentée par tous ceux qui la propagent, parce que :

• soit ils sont du côté de l’agresseur

• soit ils trouvent cela drôle

• soit ils laissent un commentaire encore plus méchant

Il arrive également qu’un adolescent engagé dans une relation amoureuse harcèle sa partenaire ou son ex-partenaire.

Conséquences :

la victime peut rapidement croire qu’elle est harcelée par des centaines, des milliers de personnes…

La victime peut finir par croire qu’elle est coupable, qu’elle a vraiment fait quelque chose de mal pour mériter tout cela…

Cela peut avoir des conséquences dramatiques…

Que faire si l’on est victime d’un harcèlement ou un cyberharcèlement ?

En parler le plus vite possible à un adulte

Si le ou les harceleurs utilisent les réseaux sociaux, signaler leurs agissements (sur Facebook et Instagram, suivez les conseils dispensés sur la page https://help.instagram.com/help/116326365118751?sr=5&sid=0NtFOhW4B5s1ynGml; sur Twitter, lire https://support.twitter.com/articles/82757-menaces-de-violence ;

Que faire si l’on est témoin d’un harcèlement ou d’un cyberharcèlement ?

Défendre et protéger à tout prix la victime :

• en parler à un adulte

• ne pas propager de rumeur

Les précautions de base pour éviter d’être victime d’un cyberharcèlement :

• ne pas s’inscrire sur Ask.fm

• ne pas installer l’application Whisper sur son smartphone

• bien protéger ses profils sur les autres réseaux sociaux

Existe-il des signes avant-coureurs ?

Le piratage d’un compte sur un réseau social (Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat…) doit être pris très au sérieux, car il peut constituer la première étape d’un cyberharcèlement.